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mardi 24 avril 2012

El Watan | Ahmed Rouadjia. Historien et sociologue: "Par manque de maturité politique, les jeunes se contentent de dénigrer"

- A la veille des élections législatives, les Algériens dessinent des personnages de dessins animés sur les panneaux d’affichage. Est-ce là un signe du divorce entre les Algériens et la politique ?

Le «divorce» n’est pas entre les Algériens et la politique en tant qu’activité de l’esprit, mais entre ces derniers et le pouvoir politique dont ils se défient depuis longtemps et auquel ils n’accordent pas une once de crédit. Le fait qu’ils le caricaturent par le biais des dessins animés et de graffitis, qui le représentent sous un jour fortement négatif, prouve que les Algériens, dans leur écrasante majorité, n’accordent pas leur confiance et leur suffrage à un pouvoir politique dont ils savent pertinemment qu’il n’est pas représentatif de leurs attentes et aspirations. Ils savent qu’il ne tient pas sa légitimité des urnes, d’élections libres et transparentes, mais d’un jeu fait de tours de passe-passe, de la cooptation et de la désignation par des responsables par le «haut». De là s’explique la défiance partout observée envers les élections législatives prévues pour le 10 mai prochain et qui rappellent aux Algériens le caractère tragi-comique de toutes les élections passées, législatives et présidentielles…

Le saccage des panneaux d’affichage et l’arrachage des photos des candidats que l’on observe dans presque toutes les villes et les bourgades du pays sont le reflet fidèle de ce divorce consommé depuis belle lurette entre la population et le pouvoir, entre le sommet et la base…

- Les blagues et les détournements d’images de la campagne pullulent sur internet. Quelle est votre analyse de ce phénomène ?

Les blagues, l’humour, la dérision, mais aussi le dénigrement de tout ce qui se dit et se fait sont des traits de la culture populaire algérienne, mais que les jeunes générations ont développés et raffinés au plus haut point grâce à l’instruction dont les aînés étaient privés. Les moyens de communication moderne, comme l’internet, désinhibent la parole et offrent donc la possibilité aux jeunes «révoltés» de dévider leur chapelet, d’exprimer leurs besoins et leurs attentes, mais aussi leur ras-le-bol. Internet n’est pas seulement pour eux un moyen d’évasion, de quête de l’ailleurs «rêvé» et transfiguré, mais aussi un défouloir, c’est-à-dire le lieu où ils manifestent leur mécontentement, leur colère ou leur indignation contre un ordre social et politique qu’ils jugent injuste.

Mais on relève aussi un manque flagrant de maturité politique chez les jeunes protestataires qui se bornent fréquemment à dénigrer plus qu’à critiquer le pouvoir politique de manière constructive. Dénigrer et critiquer sont deux termes antinomiques, mais que l’on confond le plus souvent, alors qu’ils ont des connotations différentes. Le premier connote un sens négatif, le second renvoie à une attitude positive et dénote la volonté ou le désir d’améliorer ce qui existe ou de «corriger» les défauts d’un système social et politique jugé inadapté aux circonstances du présent. Frondeurs, goguenards et contestataires par tempérament, nos jeunes actuels sont apolitiques au sens qu’ils se trouvent en manque d’une culture politique qui leur permet d’analyser et de comprendre les liens complexes qui régissent l’univers social et politique dans lequel ils se trouvent immergés. Comparés à leurs pairs tunisiens ou égyptiens, qui font preuve d’un engagement politique et social élevé et d’un esprit critique fort aiguisé, les jeunes Algériens se révèlent être à l’observation. Ils souffrent pour la plupart d’un déficit indéniable en matière de culture politique, et c’est ce qui explique peut-être leur peu d’engagement dans les activités associatives, syndicales et politiques.

Les partis politiques les déçoivent tout autant que le pouvoir lui-même, et le mot «politique» en général les repousse plus qu’il ne les enchante. Ce mot, ils ne le comprennent pas dans son sens noble, mais dans son acception négative : il renvoie dans leur imaginaire au «mensonge», à la manipulation et à l’agiotage. Pour eux donc, le pouvoir politique tout comme les partis d’opposition sont des «machines» à fabriquer le mensonge et la désinformation destinés à «tromper» le peuple et à le rouler «dans la farine». Telle est la représentation que les jeunes se font de la politique.

- Le nombre de blagues politiques a beaucoup baissé, en comparaison avec les années 1980. Les Algériens ont-ils, selon vous, perdu leur sens de l’humour ?

Ces blagues politiques n’ont pas baissé par rapport aux décennies écoulées. Au contraire, elles se sont accrues…

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