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mercredi 22 avril 2015

El Watan | K. Chouicha: "Pourquoi ces changements et sur la base de quels constats ?"

Kaddour Chouicha. Coordinateur du Syndicat des enseignants du supérieur solidaire (SESS)
Pourquoi ces changements et sur la base de quels constats ? Quel est l’objectif visé par ce texte


- La divulgation, mardi 7 avril, du projet de décret portant statut de l’enseignant chercheur a soulevé l’ire de nombre d’enseignants ; qu’est-ce qui est reproché aux rédacteurs de ce texte ?

Etant moi-même enseignant, je peux affirmer qu’il n’y a pas eu de réel débat au sein des enseignants car ces derniers sont désabusés et savent que leur avis n’a jamais et ne sera jamais sollicité. Ceux et celles qui ont pu lire le projet n’ont pas trouvé un texte motivant les changements proposés (pourquoi ces changements et sur la base de quels constats ? quel est l’objectif visé ?).

Il faut préciser toutefois qu’une partie des enseignants, les maîtres assistants A et B, ainsi que les maîtres de conférences voient leur carrière bloquée du fait de conditions de travail non adéquates et de critères qui restent, malgré les nombreux arrêtés et circulaires, à géométrie variable quand il s’agit de promotion de ces dernières catégories d’enseignants.

- Selon son coordinateur national, le CNES a négocié pendant plus d’une année et demie le projet concerné. Pourquoi une fois dévoilé le Conseil a-t-il amorcé une grève ? Pensez-vous que le ministère a engagé des négociations franches ? Peut-il le faire en fait ?

Les pouvoirs publics refusent toute négociation en réalité, mais jouent à la négociation avec «leurs propres syndicats». Il suffit simplement de noter que le PV du soi-disant accord entre le ministère et le CNES, établi en date du 16-04-2015, comporte tout simplement des reprises de ce qu’est le projet avancé par le ministère.

La soi-disant grève n’a servi au fait qu’à anoblir ce projet pour qu’il soit accepté par la communauté enseignante. Jamais aucun ministère algérien n’a engagé de négociations franches, car cela relève de la nature profonde du pouvoir en Algérie qui renie toute autonomie aux syndicats.

D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que le ministère du Travail, de l’Emploi et de la sécurité sociale bloque illégalement l’enregistrement du Syndicat des enseignants du supérieur (SESS), ainsi que celui d’autres syndicats et de la Confédération générale autonome des travailleurs en Algérie (CGATA), car il sait par expérience que nous n’accepterons pas le rôle de faire-valoir et de figurants.

- Le projet de décret a supprimé des grades et en a créé de nouveaux ; qu’est-ce qui motive ces choix ?

Le seul changement en matière de grades est la division du corps des professeurs en deux, professeurs A et professeurs B. Seuls les rédacteurs du projet peuvent répondre précisément à ces questions. On peut toutefois préciser à la lecture du projet que ce texte vient pour apporter un changement quand aux conditions à remplir pour la progression des enseignants, d’habitude elles se faisaient à travers la production en matière de recherche scientifique  (publications, soutenances, communications, etc.) et étaient devenues difficiles à remplir, surtout avec le syndrome communément désigné sous le terme de «retrait de l’échelle».

Ce syndrome signifie que les instances chargées de valider et de juger les dossiers des enseignants candidats à des promotions devenaient de plus en plus exigeantes. On ne peut accepter cette démarche vers plus de rigueur que si elle est appliquée à tout le corps enseignant (d’abord par les enseignants les plus hauts gradés) et si les conditions de travail permettent cela.

Le constat est clair et le choix fait de remplacer, au moins pour certaines catégories, la production en matière de recherche par la production en matière de pédagogie va approfondir la crise, car le projet du décret évacue le débat sur les conditions de travail en matière de production scientifique (recherche) en les remplaçant par une ancienneté pour certaines catégories et par une production pédagogique qui reste à valider (création d’un organe qui validera la production pédagogique) et qui subira la même gestion à géométrie variable.

- Comment peut-on assurer un statut équitable et acceptable par la majorité des enseignants visant l’amélioration de la qualité de formation ?

Il faut être clair : l’amélioration de la qualité de la formation des étudiants ne peut être réalisée ou obtenue en se basant sur un statut des enseignants chercheurs aussi parfait soit-il, car la seule vision cristallisée dans le statut parle de la promotion des enseignants et de leur  classification dans la hiérarchisation de la société. Même si les tâches dévolues aux différentes catégories d’enseignants sont spécifiées, elles ne renseignent en rien ou très peu sur l’impact réel en matière de diffusion des connaissances auprès des étudiants.

Le mode de gestion de l’université (la participation ou non des collectifs d’enseignants, des travailleurs administratifs et techniques et des étudiants, la procédure qui permet le choix des responsables, le contrôle a priori ou a postériori, etc.), les dépenses consenties par l’Etat au secteur de l’enseignement supérieur (non pas en termes abstraits de places pédagogiques strictes), le ratio enseignant/étudiants qui va virer vers le dérisoire devant les nouveaux venus à l’Université du fait du recrutement bloqué des enseignants, la liaison entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur (université duale en Algérie, l’une utilisant l’arabe, l’autre le français, méthodes d’apprentissage qui imprègnent les étudiants après plus de 12 années de scolarité, etc.) sont autant de facteurs, avec d’autres, qui doivent être pris en compte.

Le statut reste muet sur ces questions et ne peut donc répondre à la question d’une formation de qualité. Seul un débat large et un projet politique peuvent mettre tous ces éléments sur la table.

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